[TÉMOIGNAGE] Il y a 21 ans, la Charente-Maritime était frappée par une tornade EF2

En bref : Une tempête souffle ce jour-là sur tout le littoral charentais avec des vents étalonnés de 8 à 9 sur l’échelle de Beaufort, accompagnée d’averses violentes.

 

Contexte météo

Sur la côte de Beauté entre st Georges de Didonne et Sémussac, une tornade a causé des ravages beaucoup plus importants et localisés (100 mètres de largeur maxi et 8 kms de long). Des toitures ont été entièrement arrachées, des vitres brisées (au Relais, ainsi que les magasins voisins). De  nombreux arbres ont été sectionnés et des branches cassées. Plusieurs lotissements de Sémussac ont été particulièrement saccagés : 20 à 30 toitures entièrement ou partiellement soulevées. Tuiles déplacées sur des distances qualifiées d’ « étonnantes » par le journal, plusieurs charpentes gravement endommagées. Un cabanon de jardin a été propulsé à 50 mètres de son emplacement. Des lampadaires et des arbres auraient été transformés en projectiles.

Contacté par téléphone, l’ex-président de la Chambre Syndicale des Agents d’Assurance évoque également une table de jardin qui aurait perforé le toit d’une autre maison et se serait retrouvé dans le grenier. « J’ai d’abord cru à un tremblement de terre » explique une habitante de Sémussac, qui précise que ça n’a pas duré plus d’une minute. Un habitant d’un lotissement de Sémussac témoigne avoir eu l’impression que sa maison allait être soulevée. Pas de victime humaine heureusement. Ayant déjà été mis sous alerte de tempête, les gens avaient du rester prudemment chez eux et aucun bateau n’avait pu sortir en mer.

Rapport réalisé par Nicolas Baluteau

 

Témoignage

Témoignage d’un internaute de Ouest-Orages qui a vu le phénomène à 800 m de la plage de St Georges de Didonne (17), le 19 novembre 1996 :

Littéralement stupéfié

« La matinée est très arrosée et tempétueuse, mais en ce début d’après midi, ce sont des roulements de tonnerre lointains qui attirent mon attention. Je me colle à la fenêtre de la cuisine pour y voir défiler à vive allure un ciel bouché et tourmenté, mais plus particulièrement menaçant à l’ouest où j’identifie la source du phénomène orageux. Les bases nuageuses sont basses, très sombres et masquent les rares éclairs intra-nuageux aux roulements étouffés. Puis, tout se passe très vite, en tout cas, trop vite pour une prise de conscience réelle. Une protubérance rabaissée prend de l’ampleur depuis la base nuageuse, et semble plonger vers le sol, mais sans que je puisse distinguer un quelconque mouvement rotatif.
En quelques secondes, le vent cesse totalement de souffler tandis que cet entonnoir file du port vers la plage. La forme conique est distincte, mais très évasée et relativement large même à la base.

Des souvenirs indélébiles

Littéralement stupéfié, je vois le large entonnoir aspirer depuis le bas en tourbillonnant des bribes nuageuses et autres débris dans un fond sonore très impressionnant de train de marchandise qui passe au loin. Je ne vois cependant pas de véritables jonctions base-nuage.
A vrai dire, j’ai cru au tonnerre, mais bien trop insistant et monocorde comme son, à la manière d’un séisme de grande profondeur. A ce moment là, je sais que j’assiste à une tornade et une angoisse terrible m’étreint l’espace de quelques secondes : se dirige-t-elle sur moi ? Non, ma tornade (ce n’était pas une trombe puisque l’aspiration en surface n’a débuté qu’en touchant la côte) disparaît de mon champs de vision vers le SE, dans la forêt de Suzac. Le temps de reprendre mes esprits, le ciel s’éclaircit et le vent reprend.

J’ai du mal à croire ce que je viens de voir, aussi, je décide de me rendre sur le front de mer distant d’environ 800m.

J’ai vu une voiture avec ses vitres explosées

La plage saint georgeaise est une grande conche de sable fin de 3km orientée nord-sud et encadrée à chaque extrémités de corniches rocheuses. Je constate ce que je n’osais croire ; des dégâts aussi insolites qu’incroyables sur un couloir d’une vingtaine, voire une trentaine de mètres de large.
La tornade a pris naissance au niveau de l’école de voile située près du port, et les carrelets de pêcheurs  en portent les stigmates. L’un d’entre eux en particulier au ponton renforcé par des armatures métalliques est littéralement replié à 90° !!! sur lui-même ! Puis ce fut au tour de la crêperie du bord de plage de voir ses vitres soufflées. Une voiture a même ses vitres explosées !
L’entrée dans la forêt de pins maritimes est extraordinaire : les arbres sont étêtés et décapités, mais à dix mètres en hauteur. Malgré qu’aucun ne soit tombé, la vision du « couloir » emprunté est nette.
Un peu plus tard encore, j’apprends le sinistre qui a frappé le lotissement de Sémussac, avec au passage des dégâts signalés au lieu-dit Chenaumoine, soit dans l’axe ouest est parcouru par la tornade sur une distance d’environ 8km !

C’est ce qu’on appelle des souvenirs indélébiles, même si dans mon cas j’ai mis du temps à réaliser ce qu’il s’était passé. »